Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le démontage d’une rampe de 43 mètres sans avoir jamais osé le demander

En la nef du CAPC, l'on s'échine à mettre l'art en pièces. (Photo N. C.)

Skateur à vos heures perdues, bricoleur du dimanche, ou simple amoureux des planches, vous vous êtes toujours demandé comment démonter, transporter, stocker et utiliser le bois d’une rampe de skate de 43 mètres en pièces détachées. Chômeur, rentier ou fonctionnaire, vous avez un peu de temps devant vous, entre deux participations à Questions pour un champion. Grâce à une fine équipe de déménageurs de l’extrême, qui a bien voulu nous montrer l’étendue de son savoir-faire, BastideBrazzaBlog a concocté pour vous ce petit mode d’emploi. Vous verrez, c’est pas sorcier.

A l’origine, il y a la rampe

 

Tout d’abord, repérez une rampe de taille raisonnable, quoique monumentale. 43 mètres, par exemple. Tenez, cette œuvre posthume de Michel Majerus, affectueusement nommée « If you are dead, so it is », fera parfaitement l’affaire.

Ceci n'est pas un bateau. ( Photo N. C. )

La rampe, praticable au tout venant à roulettes, a investi la nef du musée d’art contemporain de Bordeaux 5 mois durant : elle a fait son temps. De ce vaisseau bien charpenté il ne restera bientôt plus, gageons le, que quelques centaines de planches. Un grand tas de bois, de contreplaqué, de poussières, de copeaux, et de vis jonchant le sol. Mais avant de s’atteler au démantèlement du navire, il faut déjà constituer une équipe des plus avisées.

Sachez bien vous entourer

 

Pour recruter un équipage motivé, ayez des arguments. En l’occurrence, la majorité des matelots sont des adeptes du hangar Darwin, où se trouve le skate park de la caserne Niel. ils savent comment tirer profit de l’aubaine : moyennant l’évacuation de la rampe, la mairie les a autorisés à repartir avec le butin boisé. Un peu de sueur, quelques outils, et c’est parti.

Une équipe soudée se reconnaît à l'harmonie de ses couleurs. ( Photo M. B. )

Rapide passage en revue des troupes : munissez vous d’un Valentin, blond sur ressorts et constructeur en bois bien recyclé ; d’un Edouard, bavard rigolo, et mousse costaud. D’un Tristan, associatif impliqué dans l’affaire jusqu’à ras la casquette ; d’un Eric au catogan, l’ancien, docteur ès travaux, conducteur de Fenwick; d’un Ben, plaquiste de son état et Mister Bean en street-wear. D’un autre Ben, modèle plus grand et menuisier pas manchot. D’un Léo, cadet de service au calme olympien, qui met la main à la pâte entre deux contrôles de maths. Ou encore d’un Lucas, à l’origine de l’accord amiable, chapeauteur attentif un tantinet inquiet. Pour ne citer qu’eux.

Respectez les étapes du démontage

 

D’abord la peinture : au cas où les jeunes planchipèdes voudraient revendre l’œuvre d’art, le précautionneux musée a fait repeindre la couche supérieure. Puis, il a fallu retirer le contreplaqué. Une bonne tranche de rigolade consiste à récurer la peinture avec une vis, sur des milliers d’autres vis, pour les enlever à la perceuse, au bonheur des doigts. On peut ensuite passer à une étape plus jubilatoire : l’arrachage des centaines de planches supérieures. Au pied de biche ou à la force brutale, seul ou en groupe.

_  » Alors salope, tu viens ? » braille un mâle froissé par la résistance d’une planche. Laquelle finit par céder, entérinant l’adjectif : de nos jours, le contreplaqué est facile. Et puis, vient le petit coup de meuleuse pour scier les derniers clous récalcitrants. Une impression de puissance à peu de frais. Le gros du travail est maintenant fait. Quand l’ossature en bois est démantelée à son tour, deux bonnes journées sont passées. Bien évidemment, il faudra en consacrer une de plus au nettoyage, au rangement et au stockage. Tous à vos sangles, et rien ne tombera du camion.

Passer les vis à la meuleuse : un peu d'esthétisme dans ce travail de brute. ( Photo N. C.)

Travailler, oui, mais dans l’allégresse

 

On l’a vu, le recours à l’insulte peut être des plus libérateurs. Vous pouvez humilier tant que vous voulez le précieux matériau, il ne vous en tiendra que rarement rigueur. Pour détendre l’atmosphère, d’autres subterfuges peuvent être utilisés. Il est par exemple possible de détourner la fonction d’un outil :

Ne laissez jamais la nature d'un skateur revenir au galop. ( Photo M. B.)

Sachez tirer parti d’un éventuel public. Sous les yeux amusés des visiteurs du CAPC, surpris de découvrir un tel chantier dans l’enceinte, il fallait être malin. Faire mine de ne pas les voir. Bomber le torse, bander les muscles, et repartir de plus belle au travail en mouillant le maillot.
Enfin, devant tant d’outils coupants, tranchants et contondants, n’hésitez pas à simuler le meurtre, ça produit toujours son petit effet :

Le travail de groupe, c'est de l'amour à la pelle. ( Photos M. B. )

Soignez le transport

 

Quand le bois est bien net, bien propre, bien rangé, bien sanglé, il reste à le rapatrier.
Comme nos matelots, arrangez vous pour vous faire seconder par la mairie, qui fournit les camions et le personnel qui les conduit. Attention toutefois : il arrive que les transporteurs confondent midi avec dix heures et demie, même quand il ne reste qu’un chargement à effectuer.
Une fois le butin arrivé à bon port, il faut désormais reproduire l’effort inverse : décharger. Ce qui peut
se faire à la main, mais la présence d’un conducteur de chariot élévateur est fortement conseillée.

Livraison de premier choix à la caserne Niel. ( Photo M. B. )

Tout ce bois, c’est bien. Mais pour faire quoi, au fait ?

 

Le prix du bois récupéré s’élève tout de même à plusieurs milliers d’euros. C’est mieux qu’il ne parte pas à la poubelle.
_ »Putain, t’imagine le lit qu’on pourrait se faire, là ?  » Valentin a des idées, mais le matériau, selon Eric, servira plutôt à ajouter des modules aux rampes déjà présentes. Plus sophistiqués, plus inventifs que ne l’était celle de Michel Majerus, peu « skatable ». Les « brigadiers » de Darwin comptent aussi refourguer quelques tronçons à des associations de riders qui n’auraient pas les moyens de concevoir leurs propres terrains de jeu.
Et puis, nul doute que ces adeptes du système D sauront parfaitement réutiliser la portion restante.

Quant à vous, si vous n’êtes pas skateurs, n’ayez crainte ! Vous avez passé quatre excellentes journées, et vous trouverez sans doute une utilisation à toutes ces planches ! Une armoire pour classer des livres, le cercueil de Papy, la niche de Rex ou des toilettes au fond du jardin. Sans compter que vous avez maigri : vous êtes gagnants sur tous les plans.

"Que vais-je bien pouvoir en faire ?" ( Photo M. B. )

Récapitulons

 

Pour démonter une rampe de 43 mètres, vous aurez besoin de :

Une rampe de 43 mètres
4 jours de RTT
5 perceuses
Une meuleuse
Un Fenwick
Des pieds de biche
Une scie
Des sangles
Beaucoup de bras
Autant de gants
Un hangar pour stocker quelques tonnes de bois
Le plus de camions possible
Un peu de jugeote
280 hectolitres d’huile de coude

Quant aux termites de la caserne Niel : bon appétit bien sûr.

Manon Barthelemy & Nicolas Canderatz / BastideBrazzaBlog

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