Saga Motobloc (1/4) : quand la Bastide faisait «vroum»

Jacky Penard, heureux propriétaire d'une Motobloc (Crédits : Adrian de San Isidoro)

Premier épisode d’une série de quatre : au début du XXe siècle, Motobloc était le fer de lance de la bagnole bordelaise. L’objectif du constructeur automobile, défier les colosses parisiens Renault et Citroën. Derrière les heurts mécaniques : de la sueur, des centaines d’ouvriers et une capacité d’innovation tout-terrain. Du démarrage canon jusqu’à l’embardée finale, zoom sur soixante ans d’un parcours accidenté.

Des Motobloc, il n’en reste que six dans toute la France. Elles fleurent toujours l’âcre odeur d’huile, comme à l’époque. Celle de Jacky Penard, par exemple, démarre en trois coups de manivelle. Ce collectionneur d’autos libournais de 74 ans raconte l’histoire de la voiture :

Jacky Penard, fondu de Motobloc by Bastide Brazza Blog

Générateur d’acétylène sur le marche-pied pour alimenter les phares, volant dressé en cou de girafe, larges pédales façon auto-tamponneuses : le véhicule semble sortir d’un atelier steampunk, où la bidouille chiadée règne. Différence de taille, assembler ce tacot de luxe exigeait une organisation sans faille. Une structure capable de produire en série ces joyaux cuivrés.

Premier coup de starter pour Motobloc

 

Fin du XIXe siècle, l’automobile en est à ses balbutiements. Les châssis s’inspirent des vélos, la mécanique est encore cahotante. En 1896, Schaudel, un ex-militaire reconverti dans la production d’autos installe un atelier dans une ancienne boulangerie au 22, rue Huguerie, sur la rive gauche bordelaise. L’année suivante, ce Stéphanois d’origine a une idée révolutionnaire.

Pour équiper sa première bicylindre, Schaudel regroupe en un seul ensemble le moteur, la boîte de vitesses et l’embrayage. Objectifs : faciliter l’entretien et limiter les risques de panne. Une invention qui va simplifier le travail des réparateurs, habitués à traiter séparément les trois éléments. Le bloc-moteur est né.

Sous le capot d'une Motobloc (Crédits : Adrian de San Isidoro)

L’arrivée à la Bastide

 

Après un crochet par la rue de Turenne, où il poursuit ses activités, Schaudel se rend en 1901 au Salon de l’Automobile, créé trois ans auparavant. Dans les allées du Grand Palais, où les exposants sont installés, le bloc-moteur fait un carton. Le constructeur bordelais rentre en Gironde avec 300 commandes, plus que Peugeot pour cette édition.

Fort de ce succès, Schaudel s’agrandit pour satisfaire la demande. Avec l’aide, entre autres, de M. Boyer, un propriétaire terrien landais ami de Gustave Eiffel et Ferdinand de Lesseps, il réunit les finances nécessaires pour créer la Société Anonyme des automobiles Motobloc en 1902. L’usine s’installe à la Bastide, au 90-134 rue des Vivants. Plus d’un millier d’employés sont embauchés.

Les fous du volant

 

Pour prouver aux autres constructeurs la fiabilité et la robustesse de ses autos, Motobloc engage en 1903 quatre voitures dans la course Paris-Madrid, qui sera stoppée à Bordeaux. Une épreuve restée dans les mémoires : 76 abandons pour 176 coureurs et surtout, la mort de Marcel Renault. Les Motobloc, elles, tirent leur épingle du jeu et terminent le parcours sans encombre. Une performance qui classe la firme bordelaise parmi les marques prometteuses .

Le logo Motobloc reprend les armoiries de Bordeaux, en forme de croissants (Crédits : Adrian de San Isidoro)

Entre temps, Schaudel laisse les commandes à son neveu Emile Dombret. A raison. Le directeur technique d’une vingtaine d’années invente en 1906 le volant central, qui réduit les vibrations et rend les mécanismes de direction plus robustes. Une particularité Motobloc qui sert d’argument technique et publicitaire auprès des acheteurs. La course à l’international est lancée.

Joël Le Pavous & Adrian de San Isidoro / BastideBrazzaBlog

 

Pour garder le pied au plancher :

Episode 2/4, 1908-1918 : au sommet de sa gloire, Motobloc part à la conquête des Amériques. Mais perd le contrôle pendant la Grande Guerre.

Episode 3/4, 1919-1945 : pourquoi Motobloc cesse de produire des autos et comment parvient-elle à garder la main sur le volant.

Episode 4/4, 1946-1961 : exsangue après la deuxième guerre mondiale, Motobloc se reconvertit dans le deux roues… Avant de partir à la casse.

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