Saga Motobloc (2/4) : pole position et premiers dérapages

Dans l’épisode précédent : Schaudel, un ancien militaire, se lance dans la construction automobile. Son invention, le bloc moteur, classe sa société Motobloc  parmi les meilleures marques de voiture. Emile Dombret, le neveu de Schaudel, prend les rennes de l’usine. Et décide d’exporter ses autos.

 

Pole position et premiers dérapages

En 1908, l’usine Motobloc emploie 1500 ouvriers. Les voitures produites rivalisent avec les luxueuses « Rolls Royce Silver Ghost » en matière d’équipement et d’esthétisme. Jugez plutôt leur allure :

La belle mécanique des Motobloc sert de tremplin pour séduire le Vieux Continent. La Belgique et l’Espagne sont les premiers pays à succomber aux phares de la bordelaise.  Suivies par l’Angleterre, où la marque ouvre une concession à Londres, fief de la firme au double « R ».

La course aux Amériques

 

Depuis le succès Motobloc sur la route du Paris-Madrid, les rancheros argentins et uruguayens, habitués aux terrains accidentés, apprécient au volant les performances du véhicule girondin.

Pour ferrer définitivement le Latin, la marque aux croissants se lance en 1909 un nouveau défi : assurer la liaison brésilienne Sao Paulo-Recife. Un trajet de 2600 kilomètres recouvert de boue bosselée en guise d’asphalte. Aussi fou que la traversée en avion de Louis Blériot au-dessus de la Manche la même année. L’auto Dombret évite les nids de poule et rallie la ville du Nordeste. La marque s’impose hors d’Europe.

Une revanche prise après le camouflet infligé par les Américains…du Nord. L’année précédente, lors d’un tour du monde New York-Paris, qui devait passer par la Russie et la Chine, les Motobloc n’avaient pu rejoindre Los Angeles et les bords du Pacifique.

La faute à des soucis mécaniques, des pièces volées, et une combine des Yankees : utiliser les voies de chemin de fer pour terminer plus vite les étapes. Après ce traquenard, la firme bastidienne stoppe net les courses. Trop d’argent dépensé pour un capital symbolique dilapidé en mauvais résultats.

Du plomb dans le moteur

 

Signe de bonne santé, Motobloc rentre en bourse en 1912. Deux ans plus tard, la société est dotée d’un capital de près de 60 millions de francs, le prix de dix Tour Eiffel. Les comptes sont au beau fixe jusqu’aux premiers coups de Lebel tirés contre les Allemands, à l’été 1914.

L’ensemble du personnel de l’usine bordelaise est mobilisé. Jusqu’en 1918, la société passe de la fabrication d’autos à celle d’obus et de munitions. Dombret part au front et seuls 200 salariés restent sur place pour contribuer à l’effort de guerre. Les femmes travaillent sur des machines simplifiées pour doper la productivité.

Cette obligation patriotique assèche les finances de Motobloc, contrainte d’investir dans l’armement au lieu de conforter son rang dans l’automobile. La société prend du retard sur ses concurrents historiques, Citroën et Renault, mieux équipés pour survivre à la Grande Guerre. Crissements de pneus et calages à venir…

Joël Le Pavous & Adrian de San Isidoro / BastideBrazzaBlog

 

Pour garder le pied au plancher :

Episode 1/4, 1898-1909 : quelque part en Gironde, un militaire doué en mécanique décide de mettre les mains dans le cambouis. Motobloc est né.

Episode 3/4, 1919-1945 : pourquoi Motobloc cesse de produire des autos et comment parvient-elle à garder la main sur le volant.

Episode 4/4, 1946-1961 : exsangue après la deuxième guerre mondiale, Motobloc se reconvertit dans le deux roues… Avant de partir à la casse.

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