Saga Motobloc (3/4) : le luxe à quatre roues avant le crash

La fameuse affiche Motobloc, de l'illustrateur René Vincent, 1925.

Dans l’épisode précédent : Le constructeur automobile bordelais exporte ses autos hors de France et d’Europe. Sa prospérité atteint son pic après l’exploit du Sao Paulo-Recife, en 1909. Plus d’un millier d’ouvriers travaillent dans l’usine bastidienne. Problème, la guerre de 14 freine les bons résultats de l’entreprise. Motobloc sort exsangue du conflit, avec seulement 250 travailleurs en poste.

 

Le luxe à quatre roues avant le crash

En 1921, Motobloc produit un châssis par jour, quand Renault et Citroën assemblent 350 véhicules en 24 heures. La société refuse le travail à la chaîne inspiré du taylorisme et cultive sa fibre artisanale. Son crédo, le luxe et le sur-mesure.

Un choix qui porte préjudice à la marque aux croissants : le prix de revient des autos girondines dépasse largement celui de ses concurrents. Les bénéfices s’effondrent. Face à cette situation, Motobloc tente un coup de poker et engage l’illustrateur René Vincent, pour diffuser son image assumée de bagnole chic. Les commandes ne décollent pas. L’entreprise mord le bitume.

Motobloc dans le mur

 

L’effectif passe de 250 à 90 ouvriers en 1927. Deux ans plus tard, la Grande Dépression n’arrange pas les affaires de la firme. La Société générale aéronautique rachète l’entreprise bordelaise, sous perfusion. Pendant ce temps là, d’autres petits constructeurs comme Lorraine-Dietrich et De Dion font faillite.

Une De Dion Grand prix, modèle 1908 (Crédits : FlickR, Wikimedia Commons)

Un sursis de courte durée : en 1931, Motobloc crève en voie de garage. La fabrication de voitures est abandonnée, l’ère Dombret révolue. Adieu, carrosseries rutilantes, volants au port altier : la firme ne produit désormais plus que des moteurs. Ravalée au rang d’équipementier, elle dépose le bilan en 1933.

Le sursaut avant le chaos

 

Intéressé par le savoir-faire et la modernité de ses machines, Marcel Bloch, le futur Dassault, ressuscite Motobloc en 1934. Convalescente, l’entreprise redémarre timidement entre sous-traitance aéronautique et commandes de l’Etat. Et reprend le chemin de l’innovation en déposant le brevet du moteur Diesel, alternative à l’essence. Une première en France.

La firme diversifie ses activités pour survivre. Jean-Bernard Chambaraud, spécialiste de l’histoire industrielle en Aquitaine, raconte :

Des autos aux moteurs d’avions by Bastide Brazza Blog

Sous la férule de l’ingénieur De La Garrigue, Motobloc opère un tournant militaire. Dès 1936, la montée des fascismes oblige la société à produire une nouvelle fois des engins de mort. Entre autres, des pièces de chars, des éléments d’artillerie et des obus.

Motobloc échappe à la nationalisation


En 1940, 1500 ouvriers battent le fer pour l’effort de guerre. Jusqu’à l’Armistice du 22 juin, où les nazis s’approprient les lieux pour armer leurs troupes. Le personnel féminin est congédié sur le champ, les hommes envoyés par Pétain pour garder les colonies sous le contrôle de Vichy.

Sabotages de pièces, ajournements des commandes, livraison d’armes aux maquisards : une poignée d’employés participe à la Résistance. Motobloc n’a pas autant collaboré avec les Allemands que Renault en son temps, nationalisé pour l’exemple.

Comme après la « der des ders », les comptes de l’équipementier voient rouge. Acculée, la firme pétarade dans tous les sens. L’ère du vélomoteur approche.

 

Pour garder le pied au plancher :

Episode 1/4, 1898-1909 : quelque part en Gironde, un militaire doué en mécanique décide de mettre les mains dans le cambouis. Motobloc est né.

Episode 2/4, 1908-1918 : au sommet de sa gloire, Motobloc part à la conquête des Amériques. Mais perd le contrôle pendant la Grande Guerre.

Episode 4/4, 1946-1961 : exsangue après la deuxième guerre mondiale, Motobloc se reconvertit dans le deux roues… Avant de partir à la casse.

Joël Le Pavous & Adrian de San Isidoro / BastideBrazzaBlog

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