Saga Motobloc (4/4) : le crépuscule du bolide bordelais

(Un soleil couchant au Colorado, FlickR, CC)

Dans l’épisode précédent : ravalé au rang d’équipementier, l’ancien constructeur survit grâce à la vente de moteurs. Mais à la Libération, comme après la Grande Guerre, la société replonge dans les difficultés financières. Pour ne pas disparaître de la circulation, elle doit sortir du bourbier à tout prix.

 

Le crépuscule du bolide bordelais

 

Décembre 1946, la guerre éclate en Indochine. A peine sortie d’un conflit mondial, Motobloc est de nouveau mobilisée pour fournir armes et munitions aux troupes françaises. Paradoxe : si 39-45 a plombé les finances à cause de la réquisition allemande, la lutte contre les Vietminh relance l’usine grâce aux commandes de l’armée.

Les recettes affluent et la société affiche un effectif de mille salariés. Pendant quelques années, Motobloc réincarne le fleuron mécanique bordelais.

Francis Moro, 73 ans, a connu le sursaut de l’entreprise avant sa chute. Il entre apprenti ajusteur en 1953 :

L’âge d’homme à 14 ans by Bastide Brazza Blog

Motobloc fait de la résistance

 

Années 1950 : la France entre de plain-pied dans les Trente Glorieuses. Les ventes de vélomoteurs, accessibles sans permis dès 14 ans, explosent. Motobloc décide de marcher sur les plates-bandes du fameux Solex. Pour y parvenir, l’entreprise girondine s’agrandit et s’implante à Vichy.

Le site auvergnat fabrique toutes les pièces sauf le moteur, toujours monté à Bordeaux. La production des engins est lancée.Calibrée à 49 centimètres cubes, la bête pousse à 35 km/h et coûte entre 30 et 40 000 anciens francs. L’équivalent de neuf mois de salaire à l’époque.

Claude Gorse, président de L’essieu bordelais, club automobile créé en 1985, possède un vélomoteur datant de 1954. L’amateur de belles bielles l’a acheté en 2012 sur Internet pour « que le patrimoine girondin reste dans la région ». A Cestas. Il chevauche bien l’engin :

L’accident fatal

 

Pour la quatrième et dernière fois, une guerre entrave les activités de la société. Les ouvriers comme Francis Moro sont envoyés dès 1954 en Algérie combattre les indépendantistes du FLN. Motobloc perd ses forces vives et l’usine tourne au ralenti.

La situation empire lorsque la filiale vichyssoise de Motobloc ferme ses portes l’année suivante. Plombée par l’ardoise laissée par cette banqueroute, étranglée par la concurrence de Mobylette et Solex, la firme abandonne la fabrication de moteurs.

Sursaut d’orgueil, la société tente de se reconvertir dans la production de tours d’usinage. Passée de constructeur à équipementier puis à simple outilleur : Motobloc dégringole jusqu’au dépôt de bilan en 1961. Aucun repreneur ne se manifestera. La marque aux croissants disparait. Pas ses ouvriers, qui essaiment dans d’autres grandes compagnies.

L’historien Jean-Bernard Chambaraud revient sur la réinsertion des anciens Motobloc après la guerre :

La reconversion des salariés by Bastide Brazza Blog

Détail curieux, le nom Motobloc restera consigné dans le registre bordelais du commerce jusqu’en 1993. Fantôme persistant d’une aventure industrielle bastidienne.

 

Joël Le Pavous & Adrian de San Isidoro / BastideBrazzaBlog

La marque aux croissants vous manque déjà ? Allez, un dernier tour de piste à bord d’une Motobloc type OB de 1912 :

Pour garder le pied au plancher :

Episode 1/4, 1898-1909 : quelque part en Gironde, un militaire doué en mécanique décide de mettre les mains dans le cambouis. Motobloc est né.

Episode 2/4, 1908-1918 : au sommet de sa gloire, Motobloc part à la conquête des Amériques. Mais perd le contrôle pendant la Grande Guerre.

Episode 3/4, 1919-1945 : pourquoi Motobloc cesse de produire des autos et comment parvient-elle à garder la main sur le volant.

 

 

 

  • Twitter
  • Facebook