Famille Ferret : l’architecture en héritage

La maquette originale de la caserne de la Benauge trône dans l'atelier de Pierre et Venezia Ferret.

 

Quatre générations, une passion: l’architecture. Pierre Ferret a construit l’Hôtel Frugès. Son fils, Claude, la célèbre caserne de la Benauge. Le petit-fils, Pierre, est connu et reconnu dans la conception d’équipements sportifs. Il travaille depuis 2011 avec sa fille, Venezia, à l’atelier Ferret, au nord du quartier de la Bastide. Portraits croisés d’un père et d’une fille, passionnés.

L’architecture n’était pas une obligation. Ni pour elle, ni pour lui. C’est arrivé petit à petit, comme une évidence, « un coup de folie » se souvient Venezia. Pierre, lui, ne sait pas pourquoi il est devenu architecte, « mais ce n’est pas parce que mon père et mon grand-père ont choisi ce métier, que je l’ai fait. C’est juste que, quand on voit des gens passionnés, on se dit que c’est étrange qu’ils le soient autant. »

Pas une obligation, certes, mais tous deux ont baigné dans ce milieu pendant leur jeunesse. Pierre vivait dans l’agence de son père. Une plongée quotidienne dans le métier qui l’a influencé. Tout comme Venezia. « Je traînais dans l’atelier rue des Bahutiers. Quand on voyageait, on allait davantage voir des bâtiments ou des musées d’art. Au bout d’un moment, ça crée des évidences », se souvient-elle.

Son éducation n’y est pas pour rien non plus. Petite, elle fréquente une école à pédagogie Freinet, fondée sur l’expression libre des enfants. Pour Pierre, « cette non-directivité aboutit bien sûr à l’éducation par l’art car il n’y a rien de moins directif que l’art ». Il aurait d’ailleurs souhaité voir sa fille entrer dans une école… d’art. « Je n’avais pas d’obsession pour l’architecture », insiste-t-il.

Le sport, l’autre lien

Mais le choix de Venezia se portera finalement sur l’école d’architecture de Bordeaux, tout comme son père avant elle. Une école fondée par Pierre Ferret, l’arrière-grand-père. La jeune femme avait pourtant d’autres projets. Jusqu’à ses 18 ans, elle ne vivait que pour la danse contemporaine et la gymnastique rythmique. Qu’elle partageait avec des cours du soir aux Beaux-Arts. Le sport constitue d’ailleurs une autre passion familiale. Pierre voulait, lui, devenir footballeur professionnel mais « je n’étais pas assez bon », confie-t-il.

A défaut d’être dans les stades, il a choisi de les construire. Le centre de formation Clairefontaine, le dossier de candidature de la France à la coupe du monde 1998 ou encore le nouveau stade de Lille : c’est lui. « Dans le sport, il y a des valeurs de désintéressement qui font que lorsque vous faites bien les choses, vous êtes reconnu. » Et c’est par le sport qu’il s’est fait un nom.

Aujourd’hui, Venezia est associée à son père. Avant ça, elle est passée par Valence en Espagne, Londres et Paris. « J’avais envie d’exprimer ma propre architecture et d’avoir mes propres projets. Avec Pierre, ça faisait longtemps qu’on avait parlé de travailler ensemble mais je voulais amener quelque chose de neuf au sein de l’atelier », souligne l’architecte.

Venezia Ferret a choisi de se marier dans un jardin dessiné par son arrière-grand-père. Crédits P.G.

Est-ce que la fille a la même vision du métier que le père ? « J’espère que non, mais les mêmes valeurs, je crois que oui », se réjouit Pierre. Pour Venezia, toute la réussite d’un projet tient dans la façon d’exprimer, dans un volume donné, l’intention architecturale. La jeune femme de 28 ans est de la génération « durable » mais pour elle, ce n’est pas une nouveauté. «Faire rentrer la lumière, bien orienter le bâtiment, c’est juste du bon sens. On l’a toujours fait. » Pour son père, un architecte est un homme de synthèse : « C’est un artisan et surtout pas un artiste car il est au service des autres ».

Un héritage familial bien défendu

S’ils n’ont pas la même vision du métier, ils ont en commun une volonté de défendre le patrimoine familial. Notamment la caserne de la Benauge, peu appréciée des Bordelais à sa création. « Dès le début, la caserne des pompiers a été polémique. A son arrivée, Chaban défendait la caserne contre l’ancien maire Adrien Marquet », raconte Pierre.

Le clan familial ne s’est pas soudé autour de ce bâtiment mais Venezia en défend encore l’esthétique : « La caserne est très différente aujourd’hui de ce qu’elle était dans les années 1960. Elle a été totalement dénaturée. Avant, elle avait de superbes garde-corps ». Et le père d’abonder : « A part le volume, il n’y a plus rien d’origine et elle se tient quand même. Regardez rive gauche. Si l’on enlève la façade des immeubles XVIIIème, qu’est-ce qu’il reste ? » Et là ne se limite pas la défense du patrimoine familial. L’atelier Ferret a répondu à l’appel à projet pour la rénovation de la salle des fêtes du Grand Parc, co-dessinée par Claude Ferret.

L’architecture n’a pas été un devoir familial mais elle s’insinue dans les discussions hors de l’atelier. « Ce n’est pas parce qu’à 19h, je pars de l’agence, que je ne vais plus penser à mes projets, affirme Venezia. Quand vous faites un métier qui vous passionne, il n’y a pas de frontière. »

Pauline Gleize & Aurore Jarnoux / BastideBrazzaBlog

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