Pont Jean-Jacques-Bosc : indissociable de Bacalan-Bastide ?

Le pont Jean-Jacques Bosc, tel qu'il est imaginé dans le futur secteur "Euratlantique" sur le site de la mairie de Floirac. (mairie de Floirac)

Le pont Jean-Jacques Bosc, tel qu'il est imaginé dans le futur secteur "Euratlantique" sur le site de la mairie de Floirac. (mairie de Floirac)

A l’heure où la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) fête son nouveau pont Bacalan-Bastide, c’est un autre franchissement de la Garonne qui agite les milieux politiques : le pont Jean-Jacques Bosc. Celui-ci était prévu en amont de Bordeaux au débouché du boulevard qui porte le même nom (entre les pont Garonne -le nouveau pont de chemin de fer- et le pont François Mitterrand, ou pont d’Arcins) à l’horizon 2017. Mais cet horizon semble aujourd’hui s’éloigner, autour de 2020. Raison avancée : la crise.

Les raisons d’être des deux nouveaux ponts de l’agglomération sont pourtant intimement liées. Il s’agit de créer un boulevard circulaire, à la fois automobile et ferroviaire.

Sur le plan automobile, l’objectif de la CUB est d’évacuer encore un peu plus les voitures du centre-ville, et notamment celles en simple transit. L’idée est donc d’offrir aux automobilistes une solution médiane entre le centre-ville et les quais d’un côté, la rocade de l’autre. Or, sans « JJB » et sans des accès adéquats au pont Bacalan-Bastide, les effets sur la circulation risquent d’être bien différents de ceux escomptés.

Mais c’est sur le plan ferroviaire et plus largement des transports collectifs que ces deux ponts ont un grand intérêt. A terme, c’est bien une rocade ferroviaire entière qui pourrait être créée. Le maillon central d’un futur RER bordelais, voire girondin. « Notre objectif, c’est de pouvoir avoir des lignes du genre Arcachon-Libourne », explique Christian Broucaret, le président de la FNAUT Aquitaine (1).

L’obstacle du fleuve

 

Rive gauche, tout est déjà là, ou presque. La ceinture ferroviaire de l’agglomération, de la gare Saint-Jean à l’ancienne gare de Ravezies, en passant par Talence, Mérignac, Caudéran et Le Bouscat, a été complètement rénovée par la région en 2010. Rive droite, la plupart des emprises des anciennes voix de chemin de fer ont été conservées.

Principal problème, évidement : le franchissement du fleuve. Mais les ponts Bacalan-Bastide et Jean-Jacques Bosc ont été conçus, dès l’origine, avec des voies pour des transports collectifs en site propre. Il sera, un peu plus tard, très facile d’y poser des rails.

Cette ligne circulaire est fondamentale pour Christian Broucaret : elle améliorera les performances du réseau de transport collectif de la CUB. Les gains de temps de trajet pourraient être importants. Par exemple, depuis 2010 et l’ouverture d’une nouvelle gare TER, à Mérignac – Arlac, sur la ceinture ferroviaire rénovée, on peut rejoindre la gare Saint-Jean en seulement douze minutes en train. Il en faut quarante en tramway.

Une idée du futur RER bordelais ? (Pierre Garrat)

Une idée du futur RER bordelais ? (Pierre Garrat)

La révolution des transports bordelais passe par Jean-Jacques Bosc

 

On imagine aisément les gains de temps que les habitants de l’ouest de l’agglomération pourraient faire en prenant un TER ou un tram-train passant sur le pont Jean-Jacques Bosc, pour rejoindre la future Arena de Floirac, par exemple. Et inversement, pour ceux de la rive droite qui doivent rejoindre l’aéroport.

Il y a encore quelques semaines, tout allait bien. Le concours d’architectes pour le pont a même été lancé fin 2011. Mais voilà, la CUB est, elle aussi, touchée par la crise. Et son lourd programme d’investissement va devoir être, sinon réduit, au moins un peu plus étalé dans le temps.

C’est du moins ce qu’affirmait son vice-président chargé des finances, Ludovic Freygefond (maire PS du Taillan-Médoc), le 13 octobre dans Sud Ouest : « Il y a trop de choses dans la barque, il faut arrêter d’en mettre. Nous avons élagué les investissements, mais le compte n’y est pas, il faut refaire un tour de piste. »

A gauche comme à droite, tout le monde semble d’accord sur le constat. Gérard Chausset, vice président Europe-Ecologie – Les Verts de la CUB, chargé des « transports de demain », ne dit pas autre chose. « Quand vous avez les moyens de tout faire, vous faites tout ! Quand vous avez moins de moyen, il faut se poser la question des priorités. »

La crise a bon dos

 

Christian Broucaret ne nie pas la situation : « Bordeaux et la France ne sont pas des régions isolées. La crise touche le Portugal, l’Espagne l’Italie autour de nous…je ne vois pas comment on pourrait y échapper. » Mais le président de la fédération des usagers explique la priorité qu’il donne à « JJB » par la crise, justement.

« Avec l’augmentation des prix de l’énergie, nous allons être obligés de devenir vertueux dans nos usages, et notamment dans nos transports. Alors moi, quand il ne me reste que 50 euros à la fin du mois, je préfère acheter à manger (privilégier les investissements dans les transports collectifs, et donc faire le pont Jean-Jacques Bosc, ndlr) plutôt que de m’acheter une grande télé couleur (construire le Grand Stade et/ou l’Arena, ndlr). »

Gérard Chausset, qui dit s’exprimer à titre personnel sur le sujet, ne voit pas les choses d’une manière aussi radicale : « Il y a des aménagements à faire ailleurs sur les transports collectifs, sur la rocade, sur la politique vélo… Il faudra faire Jean-Jacques Bosc, mais en attendant, on peut prendre le pont François Mitterrand, qui n’est pas si loin, et le pont Saint-Jean, largement sous-utilisé. »

Le pont Jean-Jacques Bosc, estimé à 130 millions d’euros, correspond presque au trou de la CUB dans son budget d’investissement. Il semblait donc être la victime idéale. Mais la question des dossiers prioritaires est devenue une question politique.

Un nouvel avatar de la guerre Juppé/Feltesse

 

La cogestion entre la majorité de gauche à la CUB et l’opposition de droite -mais qui tient quand même la mairie de la ville centre- donne depuis quelques mois, l’impression de se déliter. Depuis que Vincent Feltesse, le président PS de la CUB, s’est fait élire député dans le centre de Bordeaux, grâce à la nomination de Michèle Delaunay au gouvernement, la guerre est déclarée avec Alain Juppé, le maire UMP de Bordeaux, en vue de la municipale de 2014.

Tout devient sujet à polémique entre les deux camps. Gérard Chausset n’est pas choqué : «  A un an et demi des élections, c’est normal que les choses se politisent un peu plus ».  Christian Broucaret le note aussi. Mais  il regrette que ces péripéties aggravent le manque de vision « cubienne des choses », à l’échelle de la métropole. « A continuer à avoir une vision de l’aménagement commune par commune, la structure de l’agglomération va perdre la confiance de la population. »

Christian Broucaret est très pessimiste sur la réalisation du pont dans les délais prévus alors que Gérard Chausset pense lui au contraire qu’au final, il sera sur la liste des priorités. Les derniers arbitrages devront prochainement être rendus.

Pierre Garrat / BastideBrazzaBlog

(1) Fédération Nationale Autonome des Usagers des Transports, section Aquitaine.

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