Parc aux angéliques : pas de révolution écologique

4500 arbres seront plantés jusqu'en 2016 quai de Brazza (crédit : Olivier Mary).

À Bastide, les temps changent. Le quartier, historiquement industriel, est en pleine mutation économique. Le paysage évolue. Pour mettre un point final au passé industriel de la rive droite, un projet écologique particulièrement ambitieux est en cours de création : le parc aux angéliques.

Réalisation phare rive droite avec le projet Darwin, cet espace s’étendra au final sur une quarantaine d’hectares. L’aménagement du parc, commencé fin 2010, se poursuivra au fur et à mesure de la libération des terrains par les entreprises situées plus au nord. À la tête du projet, le paysagiste parisien multi-récompensé Michel Desvigne. Plus de 4500 arbres, principalement des espèces locales, seront plantés jusqu’en 2016 le long du quai de Brazza. Le parc tire son nom de l’angélique des marais, une espèce protégée. Il se veut un modèle sur le plan du respect de l’environnement : désimperméabilisation des sols, économies d’eau… et la promesse d’un véritable « poumon vert » par Alain Juppé. Alors, réel impact écologique ou effet d’annonce ? Concept abusif ou réalité scientifique ?

Au départ, ce concept est un contresens total. Nos poumons absorbent de l’oxygène et rejettent du dioxyde de carbone. Lors du processus de photosynthèse, les plantes font exactement le contraire. En fait, ce terme est couramment employé dans les médias à des fins didactiques. Les végétaux absorbent en partie les rejets de dioxyde de carbone, l’air se purifie, nos poumons se portent mieux.

Le parc aux angéliques sauvera-t-il le bilan carbone de la ville ? Les petits Bordelais seront-ils épargnés par les crises d’asthme ? Rien n’est moins sûr. Un arbre absorbe en moyenne 18kg de CO2 chaque année. Au mieux, frênes, érables et merisiers seront en mesure d’en digérer 81 tonnes. L’équivalent d’un an de chauffage au gaz dans un trois pièces pour 80 familles. En 2008, Bordeaux a produit 62 millions de tonnes de dioxyde de carbone…

Un peu de réalisme : la création d’un parc ne résorbera pas les émissions de dioxyde de carbone de l’agglomération bordelaise. 9.000 camions et 250.000 voitures parcourent la rocade tous les jours… Là est le réel problème. Il faut plutôt voir cet espace « naturel » comme un lieu de vie, de promenade, histoire de faire oublier le passé industriel du quartier. Le ballet des ouvriers sur les quais est depuis longtemps terminé. Place aux pique-nique en famille et aux balades le long de la Garonne. La Bastide est un peu plus « verte » mais elle perd peu à peu son âme…

Olivier Mary / BastideBrazzaBlog

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