Nec plus Ultras

25 ans d’histoire ça se fête. A l’occasion du match de Ligue 1 entre les Girondins de Bordeaux et l’Olympique de Marseille, les Ultramarines ont célébré leur quart de siècle d’existence en dévoilant leur plus grand tifo jamais réalisé jusqu’à présent. Retour sur la conception de cette « œuvre d’art ».

De 10h à 1h du matin, les supporters se sont relayés sans relâche. (Crédit A.HDSA)

Caserne Niel, minuit. A la lumière de quelques projecteurs, une vingtaine de jeunes agenouillés s’appliquent à suivre le quadrillage posé sur les bâches. Pendant presque un mois, les membres du groupe se sont relayés jour et nuit pour confectionner les bâches qui ont été  dépliées pendant tout le match. « Le tifo représente tous les logos de la ville, ses armoiries, plus ceux du groupe sur les 25 ans d’histoire », nous dit Clément, 26 ans, un des responsables de l’organisation du tifo. Le match face à Marseille est le cadre idéal pour les Ultramarines. Cette rencontre est attendue chaque année par les supporters pour qui le club phocéen représente le plus grand rival dans le championnat.

Pensée depuis un an et demi, la réalisation concrète du tifo a commencé il y a huit mois. Les premiers croquis ont été dessinés sur une feuille A4 et la maquette finale réalisée sur ordinateur. Une dizaine de personnes ont participé à l’élaboration et la création des motifs. Les 8 bâches ont ensuite été installées dans le hangar de la caserne et quadrillées avant de pouvoir dessiner les contours. Une dizaine de jours ont été nécessaires pour ce travail. Après  trois semaines de travail au cours desquelles une cinquantaine de personnes s’est relayée de 10h jusqu’à 1h du matin parfois, le tifo de 80 mètres sur 40 recouvre l’ensemble du Virage sud. « C’est le plus grand qu’on ait jamais fait », s’exclame Clément. En plus des bâches, des ronds en cartons ont été fabriqués pour faire un focus sur les quelques moments historiques du club et des Ultramarines.

Plus de 3 semaines ont été nécessaires à la confection du tifo (Crédit : A.HDSA)

Le premier bâchage est effectué le 6 août 1986 et les statuts déposés en préfecture début 1987. Depuis 25 ans le groupe a grandi aux côtés du club. « Globalement on a toujours eu de bonnes relations avec le club. C’est aussi dans son intérêt que ça se passe bien. Sans les Ultramarines, aucun déplacement ne serait organisé », explique Thibaut, un des responsables du groupe.  Aujourd’hui, les UB87 sont les seuls à se déplacer pour voir leur équipe jouer à l’extérieur. « Il y a trois ans quand les résultats étaient là, on avait un car rempli de non-adhérents au groupe qui se déplaçaient avec nous. Maintenant il n’y a plus beaucoup de monde ». Le Bordelais n’est pas supporter mais spectateur et même parmi les membres des UB87, seuls les plus motivés se sont impliqués dans la fabrication des bâches.

De nombreux obstacles

Cependant les difficultés sont nombreuses pour préparer ce genre de tifo. « Au total ça nous coûte près de 20000 euros », explique Pierre, 26 ans, membre des UB87 depuis dix ans et un des dessinateurs. Plastique et peintures qui viennent d’Allemagne, tissu d’Italie… Les supporters ont pour cela économisé depuis 5 ans afin de préparer ces fresques. « On est auto-financé, on ne cherche pas d’aide du club, mais c’est vrai que c’est compliqué. On galère mais on est toujours là », continue le jeune homme. Quêtes, ventes de vêtements à l’effigie du groupe, de matériel… « On essaie de faire comme on peut, en plus de cela, « on n’a pas vraiment de hangar à nous pour monter ces grandes bâches », regrette Clément.

Depuis huit mois, les supporters bordelais sont à la recherche d’un lieu pour fabriquer tranquillement leur tifo. « On est l’une des plus grosses asso de la ville (environ 1000 adhérents), mais personne ne nous écoute », s’agace Clément. Entrepôts, hangars de potes, extérieurs, la recherche d’un grand espace est assez compliqué. Du coup pour la première fois, ils se retrouvent à la caserne Niel. Un endroit mis à « disposition par Darwin ». Mais la pluie et  le froid, les ont poussés à changer de lieu. Pendant deux jours, ils ont investi un entrepôt désaffecté à Bègles. « Et puis on s’est fait virer, donc on est revenu à la Bastide », soupire le jeune homme. « On a une mauvaise image un peu partout, notamment à cause des médias, donc les gens ont peur en nous voyant débarquer », déclare « Staff », 41 ans, dont 16 passés aux UB87.

La fabrication aura coûté au groupe de supporters plus de 20000 euros (Crédit: A.HDSA)

Le mouvement Ultra, à Bordeaux comme dans le reste de la France, reste très souvent marginalisé. Problèmes avec les clubs, les mairies, la police… « De notre côté, on n’a pas de problèmes avec les dirigeants, et c’est aussi dans leur intérêt, mais c’est différend avec la police et la mairie », sourit Pierre. L’année dernière, « le nouveau préfet Patrick Stefanini voulait imposer sa marque au début et le premier dossier sur lequel il est tombé est celui des Ultras. Il ne voulait pas laisser nos bâches en l’état. Il fallait qu’elles soient ignifugées totalement ». Une décision unique en France et en Europe.

Pour protester contre cette décision, en février dernier, pour le match face à Lyon « on n’a pas bâché, ni mis notre banderole représentant le groupe. Notre but c’est d’éviter les conflits, on représente la tribune, si il y a des problèmes on peut venir nous taper dessus. Du coup on a brûlé des torches mais le club et la police n’avaient plus aucun intermédiaire à qui parler. S’il y a des indépendants, il n’y a plus aucune possibilité de faire porter le chapeau à l’asso ». Le préfet a fini par donner raison aux Ultras, revenant sur sa volonté d’ignifuger toutes les bâches.

« On n’est pas des hooligans »

L’image des Ultras est très souvent écornée, déformée. « C’est à cause de quelques groupes qui font les cons et après c’est tout le mouvement qui en pâtit », réagit Clément. Associés aux hooligans la plupart du temps, les Ultras se défendent d’appartenir à cette catégorie de « supporters ». Les médias et les autorités y sont aussi pour quelque chose. « Aujourd’hui t’es considéré comme un hooligan quand t’es arrêté parce que t’es bourré en rentrant au stade, que t’as de la drogue ou des fumigènes. Réellement ceux arrêtés pour violences ne sont pas nombreux (1/4). Mais c’est fait pour montrer que leur politique marche, pour justifier le dispositif et les dépenses fortes. » Avec chaque curieux qui vient dans le hangar, les Ultramarines discutent afin de mieux se faire connaître, pour que les préjugés cessent. Les supporters regrettent également que les médias n’évoquent pas du tout le côté social du groupe. « A Bordeaux, on organise des quêtes pour les restos du cœur, on distribue des repas, on donne des fringues, des jouets à différentes assos. On ne se contente pas de chanter au stade ».

« Les hooligans ne sont même pas des supporters, tu ne les verras jamais faire des tifos, un spectacle. Un hools c’est bête, méchant et ça tape », rigole « Staff », ancien membre du groupe hooligan bordelais « Antisocial », et aujourd’hui membre des UB87. Antisocial étant devenu un groupuscule fasciste, le quadragénaire s’est tourné vers les Ultramarines, apolitique, mais pionnier dans la lutte antifasciste et antiraciste. « Les mentalités ont beaucoup changé, la mienne aussi. Dans les années 90 t’avais quand même quelques bras tendus mais maintenant c’est le pied », conclue « Staff ».

Dernière étape avant le déploiement dans les tribunes, les bâches sont déroulées devant le stade (Crédit: Adrien Ortavent)

Les UB87 ont installé le tifo le dimanche matin dans le stade Chaban-Delmas (Crédit: Adrien Ortavent)

Le tifo a été déployé au début du match opposant les Girondins de Bordeaux à Marseille(Crédit : chezlesgirondins.com)

Antoine Huot de Saint Albin /bastidebrazzablog.fr

 

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