Le concert qui fait du bien quand il s’arrête

Sept gongs chinois étaient frappés entre deux extraits de Bach à l'orgue. (Photos AP)

 

Ce soir-là, c’est « messe sophrologique » à l’Eglise Sainte-Marie. Une petite cinquantaine de curieux a fait le déplacement : beaucoup d’amateurs de relaxation et de médecine douce déjà conquis et leurs conjoints. « Regarde, y’a Marie-Paul, Amélia et Jean-Jacques… Tu les connais du stage, c’est ça ? », explique une spectatrice.

Les stages. Sans doute ceux proposés par V.I.E. dans sa plaquette distribuée à l’entrée et ornée d’un arc-en-ciel : « Ondes sonores, l’Auto-Guérison Accompagnée ». Si un jour cela vous intéresse, il faudra compter 60 euros « l’Atelier d’expression-libération du gong » ou 75 euros les « Ondes sonores thérapeutiques ». Dans le public, on parle plutôt Qi gong, yoga et technique de respiration. « Cette position, j’y arrive pas encore. Mais si tu sais là où il faut contracter le périnée… Attention, pas le scrotum hein, il y a une différence ».

Le silence se fait. Un homme s’approche du micro. Il parle d’harmonie sur le « plan astral », « éthérique » et « spirituel ». Il explique aussi que les « gongs sont comme des personnes » et que le spectacle de vibrations auquel nous allons assister s’achèvera par une « symphonie de lumière ».

Derrière les arcs-en-ciel, les tarifs des stages. Comptez 55 euros l'atelier de libération au gong.

Alors que les trois musiciens prennent place devant l’orgue et les gongs, un homme chuchote : « J’ai peur de m’ennuyer et de finir par m’endormir… ». Sa voisine lui répond : « Ne t’inquiète pas, je ne sais pas si tu vas aimer, mais une chose est sûre, c’est que l’on ne peut pas s’endormir avec ça ».

Elle a raison ! Pendant le concert, les instruments « se répondent ». Côté orgue, rien de déboussolant. L’instrument devient tantôt « servante du Seigneur » avec des morceaux de Bach emplis de révérence ou « cornemuse du diable » avec ses variations angoissantes, genre B.O. de film d’horreur.

Le gong, lui, est moins musical. Le bruit émis par la vibration oscille entre le décollage d’un Airbus et le tonnerre. L’impression est profonde, l’onde envahissante. Rajoutez à cela des bruits de tambour et vous avez littéralement l’impression que l’armée des Enfers arrive à la Bastide.

Le bruit est de plus en plus fort à chaque passage au gong. Le retour à l’orgue est une bénédiction tant elle soulage et détonne par rapport à ce qui précède. Puis « BOOONG ! » Les deux grandes soucoupes dorées  qui font face au public vibrent et miroitent. Ce n’est plus un Airbus qui décolle mais la fusée Ariane.

« Merci à vous, à ceux qui sont restés jusqu’au bout, semble s’excuser Jean-Michel Bloch le chef de ce petit trio. J’espère que vous n’avez pas été trop déconcertés par cette musique… expérimentale ». Le public se lève, sonné. « C’était… puissant », lance une spectatrice avec enthousiasme. « C’était… spécial », lui répond son ami.

Aymeric Parthonnaud / BastideBrazzaBlog

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