La parole au lion

Sur la place Stalingrad, imaginez que le lion entende toutes vos paroles, blessantes ou aimantes à son égard… Depuis sa création en 2005, il se tait, écoute, observe. Il était grand temps pour ce colosse de 5 mètres de haut, pas plus agressif que les vieilles pierres du pont, de s’exprimer enfin !

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Le plasticien Xavier Veilhan a conçu le lion de la place Stalingrad en 2005. Lui aussi a la parole.

Pourquoi avoir choisi un lion pour représenter la place Stalingrad ?

La Bastide était un quartier très délaissé et l’arrivée du tramway préjugeait du rapprochement de la place Stalingrad avec le centre de la ville. Je voulais accompagner cet effet du tramway et c’est pour ça que j’ai choisi le lion qui est universel, facilement compréhensible. Il ne s’agit pas de s’adresser à un public de l’art contemporain, même pas à un public d’ailleurs mais un usager des transports publics.

Sa taille et sa couleur ont t-elles une signification particulière ?

A Bordeaux, je voulais jouer avec une échelle importante pour que le lion soit visible de la rive gauche et pour qu’il constitue un élément de repère important. Comme la taille est très importante, j’ai trouvé que c’était intéressant de jouer dans une couleur qui soit plutôt dans la disparition. Et j’avais le choix entre suivre les tons du revêtement du sol, beige sable et le ciel. J’ai choisi quelque chose qui était plutôt de la couleur et de l’intensité du ciel. La pièce est à la fois très imposante en taille mais posée à même le sol, elle devient très accessible. Car généralement les statues comme celles-ci sont sur un socle.

Pourquoi un pied sur la roche ?

Je voulais qu’il y ait un élément dynamique dans sa position et qu’il semble presque tendre et lever la tête pour regarder de l’autre côté de la Garonne. J’ai travaillé avec des maquettes et je suis arrivé à ce résultat, comme une position à la fois naturelle et artificielle.

Pourriez-vous décrire son caractère ?

On se demande souvent si les animaux sont méchants ou pas. Pour moi, par définition, les animaux ne sont pas méchants, ni gentils, ils sont juste eux. Ce que je veux dire par là, c’est que ce qui m’intéresse dans la représentation animale ce n’est pas l’essence même de l’animal, ce n’est pas son esprit, mais bien la projection que les hommes en font. En fait, c’est plus qu’un être humain, c’est un réceptacle aux projections mentales que les hommes se font. C’est une sorte de point de rencontre. Non seulement comme un point de rendez vous, mais aussi comme une sorte d’espace représenté, qui est censé incarner la puissance, la noblesse, la fierté. Mais la fourmi n’est pas plus ou moins noble que le lion, c’est juste que l’homme projette des sentiments sur les différents animaux. Le lion a ce côté majestueux, il a du panache et c’est ça que je voulais associer à cette place. Le lion de Stalingrad n’a pas de morale, il a celle que l’homme veut bien lui prêter.

Propos recueillis par Clémence Bohême & Clément Lannuque / BastideBrazzaBlog

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