La Cornubia : « C’était apocalyptique »

En 2008, l’association Cap Bastide alerte les médias : des produits chimiques sont laissés à l’abandon à l’ancienne usine de la Cornubia, quai de Brazza. Deux ans plus tard, l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, chargée des opérations de protection de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) lance un appel d’offre pour dépolluer le site. Mais, pour l’association, cette dépollution en surface n’est pas suffisante et le problème de l’empoisonnement des sols en profondeur n’est pas résolu. Fabienne Vassel, l’ancienne présidente de Cap Bastide, revient sur ce combat.

En 2008, "l'eau coulait bleue à la Cornubia" (crédit : Cap Bastide)

En 2008, vous avez lancé l’alerte à propos de la dangerosité du site de la Cornubia, véritable « bombe à retardement ». Racontez-nous comment cela s’est passé.

La Cornubia, on savait ce que c’était : un lieu où on produisait de la bouillie bordelaise. Et puis avant ça, ce lieu avait été utilisé à une époque où on ne contrôlait pas trop les produits auxquels on avait recours. On y a employé du nitrate par exemple. La Cornubia a été fermée le 7 juillet 2004 et on a commencé à vraiment s’en occuper en 2008. Quand on est allés visiter les lieux à cette période, on a vu des sacs éventrés avec des têtes de mort, à même le sol, de la poudre partout, l’eau coulait bleue… Et des jeunes traînaient au milieu de tout ça ! C’était apocalyptique. Donc on a alerté la presse, le repreneur judiciaire de la Cornubia et Jean-Louis Borloo, qui était ministre de l’Environnement à l’époque. Il nous a orienté vers l’Ademe . Mais on savait qu’il n’y avait pas assez d’argent dans les caisses de la Cornubia et du repreneur judiciaire pour s’investir vraiment dans la dépollution.
Aujourd’hui, on a eu plus d’informations grâce à l’Ademe, mais il n’y a eu qu’une dépollution de surface. Or, il faut vraiment faire attention car certaines cuves datent de plus de 100 ans !

Comment faire aujourd’hui, à votre avis, pour dépolluer le site ?

Il faut le fermer ce site ! Et laisser le temps aux plantes de faire leur travail. A mon avis, la dépollution en déplaçant les produits chimiques et les problèmes ailleurs n’est pas une solution. Moi, je suis pour la dépollution par les plantes. Les plantes peuvent nettoyer le sol. Mais pour ça, il faudrait déjà en planter.

En 2008, vous aviez fait appel à un toxicologue bordelais, Jean-François Narbonne…

Lui, ce qu’il voulait, c’était nous aider à faire en sorte que l’Ademe se saisisse du dossier. Et c’est ce qu’il s’est produit. L’année dernière, juste avant les élections, l’Ademe espérait obtenir une aide à la dépollution de la part du préfet. L’agence sait bien que ce qui a été fait en surface n’est pas suffisant. Mais d’après la préfecture, ce qui avait été fait était déjà très bien : toutes les cuves ont été vidées, les bâtiments qui menaçaient de s’écrouler ont été détruits, les énormes cuves remplies d’ammoniac et de composants chimiques ont été sorties… C’est vrai. Mais tout ce travail en surface n’est pas suffisant, l’Ademe le dit elle-même.

Comment avez-vous fait pour alerter l’opinion sur ce sujet ?

Il n’y a que la presse pour faire bouger les gens. Les journalistes ont rapidement pris conscience de l’importance du problème qu’on soulevait. Cap Bastide a une réputation sérieuse, on ne soulève pas de petits problèmes pour rigoler, j’ai quand même doctorat en environnement.

Aujourd’hui, où en est-on de la dépollution du site ?

On en a remis une couche récemment, lors de notre dernière conférence de presse. On va écrire au nouveau préfet. On va se battre d’avantage pour que ce lieu soit clôturé, sécurisé et pour qu’on y mette des plantes pour dépolluer. Il n’y a pas encore vraiment de projet concret pour ce lieu et c’est une véritable chance. On peut en profit pour bien dépolluer. C’est un paradoxe: on perd du temps alors qu’on pourrait expérimenter une véritable dépollution sur ce lieu.

Pourquoi avoir autant pris position sur le dossier de la Cornubia ?

Le premier cas de pollution qu’on avait mis en avant, c’était le terrain des forains, rue des Vivants. Mais tout le monde est passé à côté. Là, pour la Cornubia, je ne voulais pas que les mêmes erreurs se reproduisent, que les gens vivent et travaillent sur un lieu aussi pollué. Tous ces produits chimiques, ils stagnent, ils restent dans le sol. Le combat de la Cornubia n’est pas le seul. Et le reste, que va-t-on en faire ? Surtout qu’il y a de nombreux projets sur ces terres polluées: des habitations, des bureaux… C’est toute la question de la réhabilitation des anciennes friches qu’on met en route sans vraiment savoir comment faire. Alors qu’on laisse passer du temps qui pourrait être celui de la dépollution. On a presque perdu dix ans déjà !

D’autant plus que le terrain a déjà été inondé…

Oui, c’est bien le problème. Ça a été inondé lors de la tempête Klaus et surtout avec Xynthia, en 2009. Cette année-là, l’eau est remontée, elle a recouvert le site de la Cornubia. Mais ensuite elle est bien partie quelque part. C’est pareil pour l’eau bleue qui stagnait quand on est entrés sur le site en 2008. Elle aussi est bien allée quelque part. Les poissons absorbent ces produits nocifs, ces métaux lourds.

Cécile Andrzejewski / BastideBrazzaBlog

Pour aller plus loin :

La dépollution est en cours à la Cornubia – Sud Ouest (15/03/2012)
Opération dépollution à la Cornubia – Bordeaux Actu (15/03/2012)

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