Hoda Lattaf, bastidienne de coeur

La trentaine passée, Hoda Lattaf ne veut pas arrêter le foot avant une ou deux années. (Photo DR)

Ancienne star du foot féminin, cette Bordelaise de la rive droite s’est fait un nom sur de nombreux gazons, en club et en sélection. A 34 ans, Hoda Lattaf a encore des ambitions avant de raccrocher définitivement les crampons.

Début des années 80, en bas d’un immeuble HLM de la Bastide. Au milieu d’une bande de garçons fans de foot, une petite fille d’origine marocaine tâte le cuir avec passion. Hoda ne le sait pas encore, mais elle va devenir footballeuse professionnelle. « J’allais devant chez moi ou du côté du square d’à-côté. Avec mes frères et d’autres amis, on mouillait le maillot dans des parties très animées. C’est là où j’ai découvert que j’aimais vraiment le football », se remémore-t-elle.

Seule fille d’une fratrie de six enfants, Hoda grandit dans un environnement masculin. Elle ne manque jamais une occasion de jouer et regarde les matchs à la télé, époque Thierry Roland et Jean-Michel Larqué. Suffisant pour que ses parents l’inscrivent au SC La Bastidienne, le club du coin. Hoda a 11 ans.

Sa première licence en poche, la jeune fille fait ses armes et écume les pelouses de la Ligue d’Aquitaine. Une aventure qui durera huit saisons. Mais l’adolescente en veut plus. Et décide, en 1997, après un ultime passage girondin par Gujan-Mestras, de s’éloigner des siens pour continuer son chemin.

Passage de cap.

Transférée au FC Lyon, les féminines de l’Olympique Lyonnais, la Girondine devient championne de France amateur un an après son arrivée. Un titre qui sera le premier d’une longue liste. Après avoir conquis cette couronne, l’ex-pensionnaire de La Bastidienne quitte la capitale des Gaules. Et laisse derrière elle une très bonne impression. Jean-Michel Aulas, président du club rhodanien, saura s’en souvenir.

Son passage remarqué chez les « Fenottes » lui permet d’être appelée pour la toute première fois en sélection nationale. C’était il y a presque quinze ans, le 22 novembre 1997, contre l’Italie. Moins de six mois plus tard, en février 1998, elle ouvre son « compteur buts » contre l’Angleterre. Pendant près d’une décennie, elle ne quittera plus la tunique flanquée du coq.

Repérée ado par Philippe Bergeroo, membre du staff Jacquet lors du mondial 98 victorieux, Hoda intègre le centre de formation de Clairefontaine, où Zidane et ses potes Bleus ont peaufiné leur jeu. « C’était un moment génial. Salle de sport, terrain d’entraînement, tables de massage…on avait tout ce qu’il fallait pour être au top niveau. J’ai vraiment eu l’impression de franchir un cap. »

Décollage.

Hoda prend du galon et part à la Roche-sur-Yon. Accueillie par une famille vendéenne, elle se sent comme chez elle. « Ces gens m’ont épaulée et soutenue comme si j’étais leur propre fille. J’en avais besoin, car c’était la première fois que j’étais loin de mes proches. La semaine, j’avais ma chambre là-bas. Le week-end, je rentrais à Bordeaux pour me ressourcer avant de recommencer à m’entraîner et à jouer ».

An 2000 : Hoda passe pro en même temps que le club Yonnais. La notoriété ne tarde pas à suivre. France 2 en profite pour lui tirer le portrait. En janvier 2001, pour sa première couverture du nouveau millénaire, L’Equipe Magazine la classe parmi les « cinq as » prometteurs du sport. Elle côtoie Arnaud Di Pasquale, tennisman en bronze aux JO de Sydney et Brice Guyart, fleurettiste en or par équipe et futur champion olympique à Athènes en 2004.

Pendant ce temps-là, Louis Nicollin, truculent président de Montpellier, veut créer un « grand » club français de foot féminin. Une formation capable de rivaliser avec les machines à gagner comme Potsdam, en Allemagne. Approchée, Hoda est sceptique, mais se laisse finalement embarquer : « Pour être honnête, j’ai cru à une blague la première fois qu’on m’a téléphoné et j’ai raccroché. Quand j’ai compris que c’était du sérieux, j’ai tout de suite accepté. »

Le temps de la gloire.

2001, tout roule pour Lattaf. Titulaire à Montpellier, la gamine de la rue Poincaré épate les observateurs sur les terrains de Division 1 : vingt réalisations en autant de matchs. Star des filles d’Elisabeth Loisel, elle participe à son premier Euro en Bleu. A l’instar de Zizou chez les hommes, Hoda devient l’ambassadrice du foot sans chromosomes Y en plein boom. Dans le stade comme dans la vie, ses copines s’appellent Sonia Bompastor, Marinette Pichon et Camille Abily.

Au sein du club héraultais, la Bastidienne étoffe son palmarès : deux championnats de France, deux Challenge de France, et une demi-finale de Ligue des Champions. En sélection, elle découvre la Coupe du Monde en 2003 et joue son second Euro en 2005. Les grandes compétitions internationales ne sont plus un secret pour elle.

Une période faste où Hoda vit ses deux moments de foot les plus marquants : l’un en Bleu à Saint-Etienne, l’autre en club à Montpellier. Elle raconte :

Hoda Lattaf, souvenirs de carrière by Bastide Brazza Blog

Yo-yo.

Cinq saisons de rêve ont passé. La renommée d’Hoda n’est plus à prouver. Jean-Michel Aulas lui fait de grands appels du pied, professionnels et financiers. En quête d’un nouveau défi, elle est emballée. Après une seconde place obtenue une dernière fois avec Montpellier, la Bordelaise revient en 2006 à Lyon près de dix ans après sa première percée. Tout aussi intéressées, Abily et Bompastor décident de l’accompagner.

Côté équipe de France, l’horizon s’assombrit. Six mois après la nomination de Bruno Bini comme sélectionneur, la vice-capitaine et titulaire incontestée, malgré 111 capes et 31 buts, est écartée du onze de départ et poussée en juin 2007 à la retraite internationale forcée. « Je n’ai pas compris cette décision, car je sais ce que je vaux sur le terrain. Les statistiques parlent pour moi », se défend-t-elle.

Un diagnostic établi à raison. Malgré sa trentaine bien tassée, Hoda ne passe pas plus de deux matchs sans marquer. Signe qu’elle n’est pas encore bonne à jeter. Blacklistée en Bleu, peu utilisée à Lyon, la Bastidienne se refait une santé en retournant à Montpellier en 2009.

Coachée par son ex-coéquipière Sarah M’Barek, l’héraultaise d’adoption montre qu’elle peut encore se donner à fond. Et, devenue une cadre de l’effectif, elle apporte son expérience lors des séances d’entraînement pour aider les plus jeunes à se perfectionner.

Préparer l’avenir.

Arrêter le ballon rond ? Pour le moment, c’est hors de question. Mais cela n’a pas empêché Hoda Lattaf de penser reconversion. Lors de son dernier séjour à Lyon, elle parlait promo et marketing chez le grand frère OL. Depuis son retour à Montpellier, elle s’occupe de logistique au service des équipements.

Dernière casquette en date, le commentaire sportif. Pendant l’Euro 2012, Hoda a pigé pour France-Soir et en a profité pour deviser sur le parcours des Bleus. Dans ses papiers, elle défendait Hatem Ben Arfa, son chouchou. Militait pour la titularisation d’Olivier Giroud. Et tapait sur les doigts de Samir Nasri qui intimait à un journaliste de l’Equipe de « fermer sa gueule ».

Très proche de sa famille, la jeune femme revient dès qu’elle le peut à la Bastide. Indispensable retour aux sources girondines pour ne pas oublier ses racines. Malgré les titres accumulés et la gloire dont elle a été couronnée, Hoda et sa philosophie de vie se résument en deux mots : simplicité et humanité.

A peine un dernier gâteau marocain avalé, elle est retournée occuper son poste d’ailier gauche à Montpellier. Désireuse de fonder un foyer, la Bordelaise songe à un mari et un bébé. Sa dernière saison vient peut-être de commencer. Alors, jusqu’au bout de l’envie de foot, Hoda ne veut qu’une chose : jouer.

Joël Le Pavous / BastideBrazzaBlog

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