Et que fait la police ?

Les policiers patrouillent tous les jours dans le quartier.

Calme et résidentiel : voilà ce qu’il faut retenir du quartier de La Bastide. Une journée au commissariat, c’est avant tout des patrouilles de prévention. Leur objectif ? Être visible de la population et apaiser les rares tensions.

9h, les portes du commissariat s’ouvrent et la journée démarre lentement. Autour d’un café, l’heure est au débrief de la soirée de la veille. La salle de repos fait penser à un studio d’étudiant. Affiches du Guetteur et de L’Effraction au mur, l’ambiance policière reste de mise. Dans ce commissariat de secteur (d’environ 15 000 habitants), ils sont douze policiers au total. Deux majors, quatre adjoints de sécurité et six titulaires gardiens de la paix.

Nicolas Crabanat, adjoint de sécurité, retrouve Nicolas Lafont, brigadier mais avant tout son coéquipier. Ils attendent les ordres du jour de l’adjoint chef du secteur. Patrice Detrau travaille à La Bastide depuis seulement deux mois. Pendant les vingt ans qu’il a passés sur Bordeaux, il n’avait patrouillé que rive gauche. Il découvre le secteur et trouve le quartier agréable à vivre. « Il y a des nouveaux ensembles architecturaux ainsi que des plus anciens comme à la Benauge. Les logements neufs attirent de nombreuses personnes et la population devrait s’accroître d’ici à 2014. » Le nombre de Bastidiens augmente mais le quartier reste avant tout une cité dortoir.

« Y’a pire ! »

11h, direction le bureau des plaintes. C’est Sarah Ujicas, brigadier de police qui a la charge de ce poste, ainsi que de l’accueil du public. Ses collègues apprécient son rire qui résonne dans le bâtiment. Cette Calédonienne, Kanak, est arrivée sur Bordeaux il y a une dizaine d’années. Après les Capucins, c’est à La Bastide qu’elle atterrit, il y a sept ans. « Ici, ça n’a rien à voir avec les Capucins. Ça va plus être des dégradations et des vols, de la petite délinquance.» Ce poste, elle l’a avant tout choisi pour les horaires, la vie de famille, pas pour l’attractivité du quartier. « Après, ce n’est pas désagréable, on s’y fait, ça se passe bien. J’aime le contact avec les gens. Y’a pire ! » Il y a pourtant quelques inconvénients…

Bureau des plaintes by Bastide Brazza Blog

12h. Les patrouilleurs du matin sont de retour, rejoints par l’équipe de l’après-midi, venue gonfler l’effectif.  Les Douze coups de midi sur TF1 résonnent. L’heure est au casse croûte. Les blagues fusent autour de la table. Nicolas Lafont apprécie l’ambiance qui règne au sein de la brigade : « On est une bonne équipe, on s’entend très bien. On sort ensemble à la Bodega, on fait du sport aussi. Ce n’est pas partout… Des fois, on est 68 au sein d’une même brigade, c’est trop ».

Un café et à 14h, tous se dirigent place Stalingrad pour un contrôle routier. La migration pendulaire est une des caractéristiques de La Bastide. Le pont de Pierre et le tramway dessinent un axe routier très emprunté par les travailleurs pour rejoindre la rive gauche. Le véhicule de fonction est stationné, les policiers se répartissent sur la voie. « On n’a jamais de soucis avec les gens ici. Ils sont plus calmes, c’est un autre Bordeaux », explique Julie Ducourneau, adjoint de sécurité.

Vos papiers, s’il vous plaît! by Bastide Brazza Blog

Au bout d’une heure, ils n’auront détecté qu’un seul défaut d’assurance. « Officiellement, il n’y a pas forcément de chiffres mais on a quand même une activité à effectuer. On n’a pas à faire dix défauts d’assurance ou trois défauts de permis. Il n’y a pas de pression véritable mais on nous demande de justifier nos huit heures de travail sur le terrain », explique Nicolas Lafont.

A 15 heures, la brigade pédestre se rend quai de Queyries pour le début de la patrouille. Après quelques minutes de marche rapide, ils arrivent à l’ancienne Caserne Niel. Rapide vérification du lieu : aucun jeune ne fume de joints ou ne consomme de l’alcool. Calme, on vous a dit calme.

La brigade reprend la marche. Prochaine étape, le 150 avenue Thiers, le squat Rom et Bulgare. 150 à 200 personnes vivent ici. Les principales difficultés rencontrées : nuisances sonores et insalubrité publique. L’évacuation des déchets est en effet problématique. « Il y a aussi une belle économie souterraine de vols, de cambriolages et de récupération de métaux mais pas d’agressions physiques » souligne Nicolas Lafont. Ce jour-là, les policiers n’ont fait que jeter un rapide coup d’œil dans le squat.

Des infractions en baisse

Et maintenant, direction la cité de la Benauge. Cet ancien quartier plutôt chaud est aujourd’hui vieillissant. Beaucoup plus apaisé que dans le passé. La baisse des infractions est de 11 % sur les neufs premiers mois de 2012, par rapport aux neufs premiers mois de 2011. Il y a toujours des occupations de halls mais surtout une cohabitation difficile entre jeunes et personnes âgées.

Dernière étape, le quai de Brienne. Rendez-vous coquins après le bureau : une douzaine de prostitués est venue s’y installer. Là encore, pour Nicolas Lafont, la situation reste maîtrisée. « De temps en temps, on essaie de mettre la pression pour enlever les véhicules mais elles reviennent tout le temps. De plus, elles sont toujours dans les camions, il n’y a pas de racolage. »

Une journée au commissariat de La Bastide fait tomber quelques préjugés. Les relations sont apaisées et les différentes populations réussissent à cohabiter. Un secteur calme donc, mais le travail de terrain et de prévention des policiers n’y est peut-être pas pour rien. Paul Bousquet, commissaire de police et adjoint au chef du service de sécurité de proximité, pense que « l’insécurité se développe là où il y a de l’argent. Et donc, dans le centre-ville de Bordeaux».

Aurore Jarnoux & Aurélie Simon / BastideBrazzaBlog

Les différents secteurs de patrouille et, en rouge, les lieux qui requièrent une attention particulière.

 

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