Enseigner à Bastide : un engagement quotidien

Pour ces trois enseignantes et directrices, de la maternelle à la primaire, en poste ou à la retraite, travailler à Bastide est un choix. Pourtant, les neuf écoles de la Bastide, membres d’un réseau de réussite scolaire (RRS), sont sur un secteur, qui selon les critères du ministère de l’éducation nationale, « cumule des difficultés sociales et culturelles, et dans lequel le public accueilli est hétérogène ». Pour mener à bien leur tâche, elles déploient différentes formes d’engagement. Verbatim.

Brigitte Lopez est une enseignante à la retraite, toujours très engagée dans son quartier.

Brigitte Lopez, 58 ans, directrice de l’école de la Benauge et de Nuyens, vit à Bastide depuis 1974 et est à la retraite depuis un an.
« Je suis engagée d’une part par mon métier et d’autre part par la politique et par mes convictions personnelles.
J’ai longtemps fait partie d’une entente enseignants-parents pour défendre des causes communes comme l’ouverture de classes, le maintien de postes, mais aussi pour organiser des rencontres parents-élèves, parler des réformes ou lutter contre les inégalités scolaires. C’est un militantisme de citoyens, on se bat pour nos conditions de vie.
Mon mari Bernard et moi sommes au Front de gauche. Avec d’autres adhérents, nous avons constitué une assemblée citoyenne pour faire de l’éducation populaire sur des sujets comme la dette ou l’écologie, en invitant des conférenciers. Nous avons aussi commencé un travail sur la question du débouché du pont Bacalan-Bastide en juin dernier, concernant les éventuels problèmes de voirie, de voies d’accès et  de dégagement du pont.
J’ai aussi mené, avec l’association réseau éducation sans frontières, une vraie bataille au sujet des Roms. La scolarisation des enfants a été très difficile. Au début, il n’y avait pas d’enseignants spécifiques pour leur apprendre le français : il a fallu se battre, une nouvelle fois, pour avoir des postes. Leur venue à l’école a commencé avec une famille particulièrement suivie. Grâce à elle, quasiment tous les primaires sont scolarisés aujourd’hui. Avec un groupes d’artistes et de militants, nous essayons de créer un événement qui permettra de diffuser une image différente des Roms loin des clichés racistes qu’on entend parfois.
Je ne vois pas mon investissement social comme une démarche caritative. Pour se comprendre soi, il faut comprendre le monde et y agir, avec d’autres, confronter ses idées. C’est l’aspect vital de mon engagement».

Sophie Poinat, directrice de l'école Nuyens, donne une grande importance à l'accompagnement des parents.

Sophie Poinat, 38 ans, directrice de la maternelle Nuyens depuis 3 ans. Enseignante pendant sept ans à l’école de la Benauge, elle vit sur la rive gauche.
« Je ne me verrais pas travailler autre part que dans ce quartier de la rive droite. Il est fait d’une certaine mixité qui donne un équilibre aux classes. Je suis investie auprès des familles, au plus près de la réalité de la vie des enfants. Parfois, je déborde de mon cadre d’enseignante en accomplissant un boulot qui ressemble plus à celui d’une assistante sociale. Mais c’est ce qui me plaît : être là pour les parents et plus particulièrement pour les femmes, qui sont en grande demande d’écoute. Je ne serais pas heureuse en travaillant dans un milieu plus favorisé. Ici je me sens vraiment utile.
Etre en RRS nous apporte une aide précieuse puisque les élèves ne sont pas plus de 25 par classe. Des moyens sont aussi alloués pour les projets danse, cirque ou encore chorale menés conjointement avec les autres écoles du secteur. On fait tout pour que l’école de la Benauge ne soit pas excentrée.
Comme à l’école Franc Sanson, des comités de lecture sont mis en place. Une sélection de livres pour enfants est proposée à chaque classe : ils circulent dans les familles et les parents comme les enfants doivent donner leur ressenti. Même si toute la famille ne parle pas bien français, il y a toujours un frère ou une sœur pour écrire un commentaire sur l’ouvrage en question. Faire entrer les familles dans l’école, avec leur histoire, leur vécu, leur langue maternelle est une volonté quotidienne. »

Martine Grat-Guiraute, Bastidienne de naissance, directrice et enseignante à l’école Franc Sanson depuis plus de 30 ans, habite aujourd’hui à Bègles, « sa ville dortoir ».
« Je me sens engagée par mon métier d’enseignante accompli avec une seule idée, la réussite des enfants de ce quartier. Pendant 20 ans, j’ai été responsable d’un programme de réussite scolaire mené à la Bastide : des projets culturels ont été développés en direction des élèves et de leur famille, en créant des partenariats avec les bibliothèques, les centres d’animation Queyries et Benauge, le conservatoire ou le jardin botanique. En tant qu’enseignant, on sait qu’on a gagné quand l’enfant trouve seul le chemin de la bibliothèque. A Franc-Sanson comme dans les autres écoles du secteur, nous travaillons beaucoup en liaison avec les collèges. On échange sur nos pratiques, pour mutualiser, assurer de la cohérence et de la continuité dans les apprentissages. Nous mettons aussi en place des projets de réussite éducative (PRE), des parcours personnalisés pour des enfants de familles en difficultés.
Je me suis aussi occupée de sorties hors temps scolaires de spectacles en famille. Apporter une ouverture culturelle est aussi une des missions de l’école. Quelle émotion quand on voit des parents de 40 ans entrer pour la première fois au Grand Théâtre avec des yeux qui brillent comme ceux de leurs enfants ! Les conditions matérielles de vie de certains élèves sont très mauvaises. On voudrait que l’école nivelle plus les choses. C’est un des buts des comités de lecture avec lequel les livres entrent dans les foyers. Certains n’y ont pas accès et c’est un vrai défi relevé, le livre étant un très bon médiateur pour l’accompagnement des parents. »

Sophie Boutboul / BastideBrazzaBlog

  • Twitter
  • Facebook