Dans les eaux stagnantes de la Soferti

Crédit: P.M

Des relents âcres prennent encore à la gorge quand on visite ce qu’il reste de l’usine Soferti. Ce qu’il reste, c’est une halle. Immense et solennelle. A la charpente en bois centenaire et aux airs de cathédrale.

A l’intérieur, seulement quelques piaillements d’oiseaux et le ronronnement lointain du chantier du pont. Une couche de poussière, de moisissures et de boue amortit les pas, comme de la poudreuse. On slalome entre quelques tâches bleu canard et jaune fluo, et des cristaux de soufre. Les mains qui les ont touchés sentent encore l’allumette brûlée plusieurs heures après.

Pendant cent ans, l’usine Soferti a produit des engrais : des tonnes de sulfate d’alumine, d’acide sulfurique et même de pyrite jusque dans les années soixante.

Le 30 juin 2006, elle ferme définitivement. Un soulagement pour les riverains qui ont peur depuis l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, cinq ans auparavant. Comme AZF, la Soferti appartient au groupe Grande Paroisse, filiale de Total.

 Des risques d’accidents

 

Située au 108 quai de Brazza, à quelques centaines de mètres du nouveau pont Bacalan-Bastide, l’usine était classée Seveso « seuil haut ». Ce sigle européen identifie les sites industriels qui présentent des risques d’accidents.

La base de donnée Basol sur les sites et sols pollués ou potentiellement pollués du ministère de l’écologie du 13 juin 2012 « montre une pollution quasi généralisée des sols et de la nappe des remblais par des métaux, des métalloïdes et des solubles ».

Comme si cela n’était pas suffisant, l’usine Soferti se situe en « zone d’aléas » inondable, d’après le Plan de protection du risque d’inondation (PPRI) de la ville de Bordeaux réalisé en 2005.

 « Des odeurs qui remontaient jusque dans les maisons »

 

Pierrette Crocq, habitante de Bastide depuis sa naissance, s’étonne des affirmations de la mairie qui assure que « les sols ne seraient pollués qu’à cinquante centimètres de profondeur. Mon œil! » Cette Bastidienne se souvient des odeurs qui remontaient jusque dans les maisons et de leurs habitants qui toussaient sans cesse.

Les premiers travaux de démolition et de désamiantage ont commencé en avril 2008. Le gros des bâtiments a disparu. 20.000 tonnes de produits finis ont été évacuées. Depuis juillet 2008, des négociations sont en cours avec la ville de Bordeaux, qui souhaite acquérir les terrains. Pour en faire quoi ? Flore Scheurer, urbaniste à la municipalité, précise qu’ « aucune décision n’a encore été prise ».

Reste la Halle, ses odeurs et ses mares. Reste à savoir que faire de cette Halle, préservée pour sa valeur historique, mais dont la dépollution semble encore bien loin d’être terminée.

Marion Aquilina & Pauline Moullot / BastideBrazzaBlog

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