Accès routiers au pont : une question encore en chantier

L’absence de nouvelle voirie pour accéder au pont Bacalan-Bastide inquiète les riverains. Les
25 000 véhicules quotidiens, disent-ils, risquent de créer des bouchons dans tout le quartier.

"Le pont levant est démesurement large. Or les avenues qui vont le desservir ne le sont pas." Crédit : B.J.

« Nous vivons quand même dans un quartier tranquille : il ne faudrait pas que l’on soit envahi par les voitures« , regrette déjà André Barret. Le riverain, président du collectif Cap Bastide, s’inquiète. En cause : les quelque 20 000 à 25 000 véhicules quotidiens prévus par la Communauté Urbaine de Bordeaux qui franchiront la Garonne.

La CUB a peu ou prou choisi de faire avec la voirie existante. Quelques aménagements épars, indique le journal Sud Ouest, mais pas de grosse révolution dans le plan de circulation. Pour le collectif Cap Bastide, c’est aberrant : « Le pont levant est démesurement grand. Et large, surtout. Or les avenues qui vont le desservir ne le sont pas« , explique André Barret.

De l’avis général, les itinéraires principaux, quai de Brazza et rue Charles Chaigneau, ne suffiront pas à absorber le flux de circulation (en vert sur la carte ci-dessous). « C’est une évidence, analyse Christian Broucaret, président aquitain de la Fédération Nationale Autonome des Usagers des Transports en commun. Les gens vont prendre des itinéraires malins (en rouge) pour éviter les bouchons aux débouchées du pont. »

Principales concernées : la rue Lajaunie, la rue du commandant Cousteau, la rue de Lauzac, la rue André Degain et la rue des vivants. Autant de chemins qui tissent un réseau d’alternatives entre l’avenue Thiers et le pont Bacalan-Bastide. Mais, entre le secteur pavé de la rue Lajaunie et l’étroitesse du passage sous la voie ferrée de la rue Gaston Leroux, ces alternatives ne semblent pas adaptées au flot d’automobilistes à venir.

Pis, au bout de la rue Charles Chaigneau, pourtant parmi les itinéraires principaux, la route passe sous le chemin de fer sans que la voie puisse être élargie : un vrai  »goulot d’étranglement », concède Gérard Chausset, le vice-précident de la CUB chargé du transport de demain. Disons, un entonnoir.

La stratégie de la CUB est paradoxale : d’un côté, la construction d’un pont 2×2 voies ; de l’autre, un accès routier plutôt restreint, quasi volontairement. « Le pont Bacalan-Bastide n’est pas le pont d’Aquitaine, rappelle Gérard Chausset. C’est un pont qui se veut urbain. » Et l’élu écologiste de continuer : « Il faut éviter d’en faire un pont autoroutier : plus on va faire des aménagements, plus ce que les gens craignent — un afflux massif de voitures — risque d’arriver. »

Autrement dit : plus le tuyau est gros, plus l’eau peut couler à l’intérieur. Et la politique pro-voiture est révolue, alors pas question d’engluer davantage Bordeaux.

À écouter Christian Broucaret, favorable au développement des transports en commun, les mauvais accès routiers seraient presque une aubaine à saisir. Idem pour Gérard Chausset. « Si les accès verrouillent un peu la circulation sur le pont, il faudra alors en profiter pour faire évoluer les comportements tant automobiles que sur la mobilité en général, anticipe-t-il. Dans 20 ans, peut-être que les usages du pont seront différents. Et les voies qui paraissent superflues aujourd’hui seront peut-être utiles pour demain. »

En attendant, le chef d’oeuvre de la mandature d’Alain Juppé ressemble un peu à une mauvaise construction dans le jeu vidéo Sim City. Un pont relié, si ce n’est à rien, à un réseau routier trop faible pour supporter le trafic qu’il génèrera.

Boris Jullien / BastideBrazzaBlog

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