Crossing the bridge : petite histoire de La Bastide

Passer le Pont de pierre, pour un Bordelais, c’est aller au Nord. Une aventure, un événement. De l’autre côté, rive droite, se trouve pourtant un quartier de la même ville, qui porte un doux nom aux accents de 1789 : La Bastide.

Plan de Bordeaux en 1716 par Hippolyte Matis.

La Bastide n’a rien à voir avec la Révolution, ni même avec une prison : bastide vient de bastilla, qui désignait un bourg fortifié. Le bourg s’était développé grâce au port de Trejey non loin de là. Il est attesté dès 1262. On y embarquait autrefois pour rejoindre Bordeaux , la Bastide étant alors un quartier de Cenon. Petit à petit, pour traverser la Garonne, l’embarquement se fit directement par un autre port installé au pied du bourg.

Cette liaison permet au quartier de se développer. Il devient un point de passage obligatoire pour le trajet Bordeaux-Paris. Les marchandises arrivant du nord y font étape avant de rejoindre l’autre rive de la Garonne. Le trafic augmente, et la nécessité de construire un pont – en pierre – se fait sentir aux prémices de la révolution industrielle.

Vue de La Bastide et du Pont de pierre depuis la flèche Saint-Michel (rive gauche). 1907. Langladure.

Napoléon Ier en ordonne la construction. Les crédits sont votés en 1810 et le chantier commence en 1813. Son financement est assuré par un système de péage.

Le Pont de pierre, achevé en 1822, ouvre un âge d’or pour ce quartier. Il permet aux entrepreneurs d’installer leurs usines sur de vastes terrains à proximité de la ville : ils ont ainsi l’avantage d’être sur l’importante route qui mène à Paris et de ne pas payer le péage pour envoyer leurs produits vers le Nord.

Le développement industriel provoque un enrichissement de Cenon. A tel point, que ce qui n’était qu’une plaine vinicole, devient plus moderne que l’antique Bordeaux. Les quartiers dénommés Niel et Brazza sont les plus industriels de La Bastide. Une gare y est construite dès 1840, puis une deuxième, la Gare d’Orléans, qui ouvre en 1853. La passerelle ferroviaire Eiffel qui enjambe la Garonne n’est achevée qu’en 1860. Autant dire que Bordeaux à un train de retard.

Jalouse ou séduite, la ville veut sa rive droite depuis le début du XIXème siècle et annexe La Bastide en 1865 après d’âpres débats. De cette époque les Bastidiens conservent un sentiment d’appartenance assez fort. Nombre d’entre eux disent encore qu’ils vont « à Bordeaux » quand ils traversent le pont.

Mais, l’âge d’or est fini depuis le dépôt de bilan des chantiers navals dits « de la Gironde » en 1959. Le quartier a souffert de la crise industrielle et a, qui plus est, acquis une mauvaise réputation.

Alors, zone déshéritée ? Enfant maudit ? La Bastide évolue et pourrait connaître un nouvel essor grâce, encore une fois, à la construction d’un pont.

Rémy Demichelis / BastideBrazzaBlog

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